“My God,
you sound like some dreary French intellectual who’s just set foot in New York
for the first time! That’s exactly the way they talk!
Unreal! American motels are unreal! My good girl – you know and I
know that our motels are deliberately designed to be unreal, if you must use that idiotic jargon, for the very
simple reason that an American motel room isn’t
a room in
an hotel, it’s
the room, definitely, period. There is
only one:
The Room. And it’s a symbol
– a advertisement in three dimensions, if you like – for our way of life. And
what’s our way of life? A building code which demands certain measurements,
certain utilities and the use of certain apt materials; no more and no less.
Everything else you’ve got to supply for yourself. But just try telling that to
the Europeans! It scares them to death. The truth is, our way of life is far
too austere for them. We’ve reduced the things of the material plane to mere
symbolic convenience. And why? Because that’s the essential first step. Until
the material plane has been defined and relegated to its proper place, the mind
can’t ever be truly free. One would think that was obvious. The stupidest American
seems to understand it intuitively. But the Europeans call us inhuman – or they
prefer to say immature, which sounds ruder – because we’ve renounced their
world of individual differences and the romantic inefficiency and
objects-for-the-sake-of-objects. All that dead old cult of cathedrals and first
editions and Paris models and vintage wines. Naturally, they never give up,
they keep trying to subvert us, every moment, with their loathsome
cult-propaganda. If they ever succeed, we’ll be done for.
That’s< the kind of subversion the Un-American Activities Committee
ought to be investigating. The Europeans
hate us because we’ve retired to live inside our advertisements, like hermits
going into caves to contemplate. We sleep in symbolic bedrooms, eat symbolic meals,
are symbolically entertained – and that terrifies them, that fills them with
fury and loathing because they can never understand it. They keep yelling out,
‘These people are zombies!’ They’ve got to make themselves believe that,
because the alternative is to break down and admit that Americans are able to
live like this because, actually, they’re a far, far more advanced culture –
five hundred, maybe a thousand years ahead of Europe, or anyone else on earth,
for that matter. Essentially we’re creatures of spirit. Our life is all in the
mind. That’s why we’re completely at home with symbols like the American motel
room. Whereas the European has a horror of symbols because he’s such a
groveling little materialist…”

« Mon Dieu, vous
parlez comme un de ces lugubres intellectuels français qui viennent de poser le
pied à New York pour la première fois ! C'est exactement la façon dont ils
parlent !
Irréels ! Les motels américains sont irréels ! Ma chère
enfant – vous et moi savons que nos motels sont délibérément conçus pour être
irréels, si vous devez utiliser ce jargon idiot, pour la très simple raison
qu'une chambre de motel américain n'est pas une chambre dans un hôtel, c'est
la chambre, sans aucun doute, point
final. Il n'y en a qu'une :
La Chambre.
Et c'est un symbole – une publicité en trois dimensions, si vous préférez –
pour notre mode de vie. Et quel est-il, ce mode de vie ? Un code de
construction qui exige certaines mesures, une certaine viabilité et l'usage de
matériaux appropriés, ni plus ni moins. Tout le reste, il vous faut l’obtenir.
Mais allez dire cela aux Européens! Cela les fait mourir de peur. La vérité,
c'est que notre mode de vie est beaucoup trop austère pour eux. Nous avons
réduit le plan matériel à sa plus simple expression symbolique. Et pourquoi ?
Parce que c'est la première étape essentielle. Jusqu'à ce que le plan matériel
a été défini et relégué à sa juste place, l'esprit ne peut jamais être vraiment
et entièrement libre. Cela paraît évident. Le plus stupide des Américains le
comprend intuitivement. Mais les Européens nous considèrent inhumains – ils
préfèrent dire immatures, ce qui est plus méchant encore – parce que nous avons
renoncé à leur monde de différences individuelles, d’inefficacité romantique et
d’objets qui ne sont là que par amour d’eux-mêmes. Tout ce culte mortifère pour
les cathédrales, les éditions originales, les mannequins parisiens et les vins
millésimés. Naturellement, ils n'abandonnent jamais, ils continuent à essayer
de nous renverser à tout moment avec leur propagande répugnante et sectaire. Si
jamais ils réussissent, nous seront faits. La Commission sur les activités
anti-américaines
ferait bien
d’enquêter sur
ce genre de subversion.
Les Européens nous haïssent parce que nous nous sommes retirés pour vivre à l’intérieur
même de nos publicités, comme des ermites qui entrent en contemplation dans
leurs grottes. Nous dormons dans des chambres symbolique, prenons des repas
symboliques, somment symboliquement divertis – et c’est ce qui les effraie, ce
qui les remplit de fureur et de dégoût, car ils ne pourront jamais comprendre.
Ils ne peuvent s’empêcher de crier : « Ces gens sont des zombies ! » Ils font
semblant d’y croire car l’alternative serait de céder et d’admettre que les
Américains sont capables de vivre ainsi car leur culture est effectivement
infiniment plus avancée – cinq cents, peut-être mille ans d'avance sur
l'Europe, ou d’ailleurs toute autre personne sur terre. Nous sommes essentiellement
des créatures de l'esprit. Notre vie est dans notre esprit. C'est pourquoi nous
sommes complètement à l’aise avec des symboles tels que la chambre de motel
américain. Alors que l’Européen, ce petit matérialiste rampant, a les symboles
en horreur… ».
Christopher Isherwood,
A Single Man, 1964