Apr 4, 2010

• Bright Shiny Morning

























Dylan hasn’t been to work in three days. Tiny called him and told him not to come in for a while, that he would call him again when he needed him. When Dylan answered the phone and heard Tiny’s voice he started shaking. When he hung up he kept shaking. An hour later he was still shaking. The money was in a stack on the table a few feet away. When he stopped shaking he put it in a drawer with his pants and T-shirts. Then he started shaking again, so he moved it to a drawer with Maddie’s pants and T-shirts.
He takes Maddie to work in the morning, spends the days riding his bike aimlessly around the city. He goes into areas he doesn’t know Sherman oaks with its manicured lawns and columned mansions, Reseda and Winnetka flat dense and monotonous housing development after housing development, Brentwood wide leafy street it almost looks like Ohio he finds the former home of a famous murderer and stops and stares all he sees is a gate and tall sycamores he pulls up to the gate and spits on it. He moves into West LA it has long straight streets with orderly homes and speed bumps into West Hollywood the wide boulevards are lined with palms and the cafés are crowded in the middle of the day with beautiful men and beautiful women the men hold hands, kiss each other, the women hold hands, kiss each other. He drives down Melrose, lined with clothing shops and record stores and head shops and restaurants that go in and out of business all of the buildings covered with graffiti it’s ahead of the curve in the rest of the country fashion comes over from Japan moves onto Melrose gets picked up by New York and three years later you can buy it in Wal-Mart. He drives through Hollywood. The Streets of Dreams are worn, dirty, dangerous, decrepit, they’re crowded with tourists staring in shock at what isn’t like any dream they’ve ever had of Hollywood glamour, aggressive panhandlers some as old as ninety some as young as ten harass them for money, barkers yell at them to come see wax superstars, world records, the you-can-believe-it, they yell for them to come see strippers, dancers, girls on poles. Crumbling motels are filled with addicts and dealers. Legendary restaurants have rats in the corner and roaches on the walls. Run-down houses have dirt yards cars and cracked driveways, cars on blocks, couches on the sidewalk with the stuffing torn out. Gangbangers stand on corners some are lookouts some are salesmen some are killers. Cops cruise up and down Hollywood Boulevard their presence is not a deterrent in any way at all. When he leaves Hollywood, the only film Dylan can imagine being made there would be a horror film. He goes east into Los Feliz the canyons lined with bungalows the Hills dotted with mansions secondhand shops and diners filled with actors directors musicians artists some have made it some haven’t all of them hyper-aware of themselves of each other of their clothes the food they eat everything carefully chosen to project an image of seriousness, of thought, of style, of irony, of carelessness. Out of Los Feliz and into LA proper he goes through ethnic neighborhoods where the signs are in languages he can’t read and no one speaks English they’re Russian, Korean, Japanese, they’re Armenian, Lithuanian, Somalian, they’re from El Salvador and Nicaragua and Mexico, India, Iran, China, Samoa. He is often the only white face amongst the crowds of immigrants. He knew one African-American kid in his town in Ohio, though no one there called him an African-American. He had seen Mexicans, or what he assumed were Mexicans, working on construction crews. He rides into Watts he’s the minority, he rides into East LA he’s the minority, he rides through Downtown he’s the minority. His color used to allow him to be part of the power structure, or at least the status quo. Here it is meaningless. He is just another human being in a roiling, sun-baked mass of humanity all trying to make it through the day with food on the table a roof overhead some money in the bank. He’s just another one. 

























Dylan n'est pas allé travailler depuis trois jours. Tiny l'a appelé et lui a dit de ne pas venir pour le moment, qu'il l'appellerait de nouveau lorsqu'il aurait besoin de lui. Lorsque Dylan a répondu au téléphone et a entendu la voix de Tiny, il a commencé à trembler. Quand il a raccroché, il a continué à trembler. Une heure plus tard, il tremblait encore. L'argent était empilé sur la table à quelques mètres. Lorsqu'il cessa de trembler, il le mit dans un tiroir avec ses pantalons et ses t-shirts. Puis il recommença à trembler, alors il le déplaça dans un autre tiroir, avec les pantalons et les t-shirts de Maddie.
Il emmène Maddie au travail le matin, passe sa journée à faire sans but le tour de la ville en vélo. Il va dans des endroits qu'il ne connaît pas à Sherman Oaks avec ses pelouses bien entretenues et ses demeures à colonnades, à Reseda et Winnetka les zones pavillonnaires plates, denses et monotones les unes après les autres, à Brentwood une rue large et feuillue c'est presque comme l'Ohio il trouve l'ancienne maison d'un assassin célèbre et s'arrête et regarde tout ce qu'il voit c'est un portail et de grands sycomores il s'arrête devant le portail et lui crache dessus. Il traverse West LA qui a de longues rues droites avec des maisons en bon ordre et des dos d'âne dans West Hollywood les grands boulevards sont bordés de palmiers et les cafés sont bondés au beau milieu de la journée avec de beaux hommes et de belles femmes les hommes se donnent la main, s'embrassent, les femmes se donnent la main, s'embrassent. Il descend Melrose, bordée de boutiques de vêtements et de magasins de disques et de commerces offrant des produits pour les fumeurs et la jardinerie d'intérieur et des restaurants qui passent leur temps à ouvrir et faire faillite tous les bâtiments sont couverts de graffitis c'est en avance sur la mode du pays la mode arrive du Japon à Melrose est remarqué par New York et trois ans après on peut l'acheter chez Wal-Mart. Il traverse Hollywood. Les Rues des Rêves sont usées, sales, dangereuses, décrépies, elles sont encombrées de touristes en état de choc les yeux exorbités face à ce qui n'a rien à voir avec leur idée du glamour hollywoodien, mendiants agressifs certains vieux de quatre-vingt dix ans certains jeunes de dix ans les harcèlent pour de l'argent, des bonimenteurs leur crient de venir voir les statues en cire des superstars, les records du monde, les vous-pouvez-y-croire, ils leur crient de venir voir les strip-teaseuses, les danseuses, les filles qui dansent à la barre verticale. Les motels qui s'écroulent sont remplis de toxicomanes et de dealers. Les restaurants de légende ont des rats dans un coin et des cafards sur les murs. Les allées des maisons délabrées sont sales, des voitures posées sur des parpaings, des canapés au rembourrage arraché posés sur le trottoir. Des gangs stationnent au coin des rues certains sont des vigiles certains sont des vendeurs certains sont des tueurs. Les flics montent et descendent Hollywood Boulevard leur présence n'a aucun effet dissuasif d'aucune sorte. Quand il quitte Hollywood, le seul film que Dylan imagine pouvoir être réalisé serait un film d'horreur. Il va à l'est vers les canyons de Los Feliz bordés de bungalows les collines parsemées de demeures de magasins d'occasion et de restos remplis d'acteurs de directeurs de musiciens d'artistes certains y sont arrivés d'autres pas hyper-conscients d'eux-mêmes des autres de leurs vêtements de ce qu'ils mangent tout est soigneusement choisi pour projeter une image de sérieux, de réflexion, de style, d'ironie, de négligence. Hors de Los Feliz et de retour dans LA proprement dit il passe par des quartiers ethniques où les panneaux sont rédigés dans des langues qu'il ne peut lire et où personne ne parle anglais ils sont Russes, Coréens, Japonais, Arméniens, Lituaniens, Somaliens, d'El Salvador et du Nicaragua et du Mexique, de l'Inde, de l'Iran, de la Chine, de Samoa. Il est souvent le seul visage blanc parmi la foule des immigrants. Il connaissait un enfant afro-américain dans sa ville de l'Ohio, bien que personne là-bas ne l'ait jamais appelé afro-américain. Il avait vu des Mexicains, ou ce qu'il supposait être des Mexicains, travaillant dans des équipes de construction. Il se promène dans Watts il est la minorité, il se promène dans East LA il est la minorité, il se promène dans le centre-ville il est la minorité. Sa couleur lui permettait jusqu'à présent de faire partie de la structure du pouvoir, ou tout au moins de son statu quo. Ici ça n'a pas de sens. Il est juste un être humain de plus dans une masse d'humanité mouvante et brûlée par le soleil tous essaient de finir la journée avec de la nourriture sur la table un toit sur la tête un peu d'argent à la banque. Il est juste l'un d'eux.

James Frey, Bright Shiny Morning, 2008

Apr 3, 2010

• Culver City

Millie Wilson / Bari Ziperstein / Vincent Johnson
La Cienegas Projects, March 27th - April 24th , 2010


Ed Templeton
Roberts & Tilton, February 26th - April 3rd 2010




Apr 2, 2010

• Griffith Park | 2


Apr 1, 2010

• Jack & Robert


Jack Pierson : Some Other Spring
Regen Project, March 12th - April 17th 2010



Las Vegas Studio: Images From the Archive of Robert Venturi and Denise Scott Brown
MOCA at PDC, March 21st - June 20th 2010




Mar 31, 2010

Mar 30, 2010

• Union Station








• A Single Man

“My God, you sound like some dreary French intellectual who’s just set foot in New York for the first time! That’s exactly the way they talk! Unreal! American motels are unreal! My good girl – you know and I know that our motels are deliberately designed to be unreal, if you must  use that idiotic jargon, for the very simple reason that an American motel room isn’t a room in an hotel, it’s the room, definitely, period. There is only one: The Room. And it’s a symbol – a advertisement in three dimensions, if you like – for our way of life. And what’s our way of life? A building code which demands certain measurements, certain utilities and the use of certain apt materials; no more and no less. Everything else you’ve got to supply for yourself. But just try telling that to the Europeans! It scares them to death. The truth is, our way of life is far too austere for them. We’ve reduced the things of the material plane to mere symbolic convenience. And why? Because that’s the essential first step. Until the material plane has been defined and relegated to its proper place, the mind can’t ever be truly free. One would think that was obvious. The stupidest American seems to understand it intuitively. But the Europeans call us inhuman – or they prefer to say immature, which sounds ruder – because we’ve renounced their world of individual differences and the romantic inefficiency and objects-for-the-sake-of-objects. All that dead old cult of cathedrals and first editions and Paris models and vintage wines. Naturally, they never give up, they keep trying to subvert us, every moment, with their loathsome cult-propaganda. If they ever succeed, we’ll be done for. That’s< the kind of subversion the Un-American Activities Committee ought to be investigating. The Europeans hate us because we’ve retired to live inside our advertisements, like hermits going into caves to contemplate. We sleep in symbolic bedrooms, eat symbolic meals, are symbolically entertained – and that terrifies them, that fills them with fury and loathing because they can never understand it. They keep yelling out, ‘These people are zombies!’ They’ve got to make themselves believe that, because the alternative is to break down and admit that Americans are able to live like this because, actually, they’re a far, far more advanced culture – five hundred, maybe a thousand years ahead of Europe, or anyone else on earth, for that matter. Essentially we’re creatures of spirit. Our life is all in the mind. That’s why we’re completely at home with symbols like the American motel room. Whereas the European has a horror of symbols because he’s such a groveling little materialist…”

« Mon Dieu, vous parlez comme un de ces lugubres intellectuels français qui viennent de poser le pied à New York pour la première fois ! C'est exactement la façon dont ils parlent ! Irréels !  Les motels américains sont irréels ! Ma chère enfant – vous et moi savons que nos motels sont délibérément conçus pour être irréels, si vous devez utiliser ce jargon idiot, pour la très simple raison qu'une chambre de motel américain n'est pas une chambre dans un hôtel, c'est la chambre, sans aucun doute, point final. Il n'y en a qu'une : La Chambre. Et c'est un symbole – une publicité en trois dimensions, si vous préférez – pour notre mode de vie. Et quel est-il, ce mode de vie ? Un code de construction qui exige certaines mesures, une certaine viabilité et l'usage de matériaux appropriés, ni plus ni moins. Tout le reste, il vous faut l’obtenir. Mais allez dire cela aux Européens! Cela les fait mourir de peur. La vérité, c'est que notre mode de vie est beaucoup trop austère pour eux. Nous avons réduit le plan matériel à sa plus simple expression symbolique. Et pourquoi ? Parce que c'est la première étape essentielle. Jusqu'à ce que le plan matériel a été défini et relégué à sa juste place, l'esprit ne peut jamais être vraiment et entièrement libre. Cela paraît évident. Le plus stupide des Américains le comprend intuitivement. Mais les Européens nous considèrent inhumains – ils préfèrent dire immatures, ce qui est plus méchant encore – parce que nous avons renoncé à leur monde de différences individuelles, d’inefficacité romantique et d’objets qui ne sont là que par amour d’eux-mêmes. Tout ce culte mortifère pour les cathédrales, les éditions originales, les mannequins parisiens et les vins millésimés. Naturellement, ils n'abandonnent jamais, ils continuent à essayer de nous renverser à tout moment avec leur propagande répugnante et sectaire. Si jamais ils réussissent, nous seront faits. La Commission sur les activités anti-américaines ferait bien d’enquêter sur ce genre de subversion. Les Européens nous haïssent parce que nous nous sommes retirés pour vivre à l’intérieur même de nos publicités, comme des ermites qui entrent en contemplation dans leurs grottes. Nous dormons dans des chambres symbolique, prenons des repas symboliques, somment symboliquement divertis – et c’est ce qui les effraie, ce qui les remplit de fureur et de dégoût, car ils ne pourront jamais comprendre. Ils ne peuvent s’empêcher de crier : « Ces gens sont des zombies ! » Ils font semblant d’y croire car l’alternative serait de céder et d’admettre que les Américains sont capables de vivre ainsi car leur culture est effectivement infiniment plus avancée – cinq cents, peut-être mille ans d'avance sur l'Europe, ou d’ailleurs toute autre personne sur terre. Nous sommes essentiellement des créatures de l'esprit. Notre vie est dans notre esprit. C'est pourquoi nous sommes complètement à l’aise avec des symboles tels que la chambre de motel américain. Alors que l’Européen, ce petit matérialiste rampant, a les symboles en horreur… ».

Christopher Isherwood, A Single Man, 1964